Association des Parents d’élèves et amis Paul Renouard - APEA

L’association est un regroupement de parents d’élèves, qui a réveillé l’association APEA, en sommeil depuis 2015.  

Association des Parents d’élèves et amis Paul Renouard - APEA - Cour-ChevernyL’APEA se veut conviviale et accessible à tous les parents d’enfants scolarisés à l’école Paul Renouard de Cour-Cheverny. Elle a pour objet : 
• de représenter les parents dans l’établissement scolaire et de participer à sa vie, 
• d’organiser des manifestations dans le but de récolter des fonds permettant de financer les activités relatives à son objet, 
• de mettre en place des actions et des événements festifs, tels que tombolas, kermesses, ventes d’objets, bourses aux jouets..., afin de soutenir les projets de l’école et de fédérer les enfants de Cour-Cheverny. 

Association des Parents d’élèves et amis Paul Renouard - APEA - Cour-Cheverny
Composition du bureau de l’APEA : 
• Sandrine Jouanneau, présidente, 
• Émilie Rudolf, secrétaire, 
• Coralie Périou, trésorière, 
• Sébastien Bonneau, Jessica Fribourg, Dolorès Despelchain sont membres du conseil d’administration. 

À la suite des élections du 9 octobre dernier, l’APEA a obtenu 5 sièges pour le conseil d’école afin de pouvoir remonter les demandes et les besoins des parents auprès des enseignantes et de la mairie, mais aussi de mettre en place diverses actions. L’association étant créée, elle peut maintenant organiser des événements pour les enfants de l’école.

Les actions menées au cours du troisième trimestre 2020 : 
- la première action a eu lieu le 2 novembre, il s’agissait d’une vente de « box de goûter » ; pour 2,50 euros, les enfants ont quitté l’école avec un goûter complet et une petite surprise ; le bénéfice de cette vente a contribué à financer les projets de l’APEA ; 
- en décembre, une action avec les dessins des enfants sera mise en place avec la collaboration des maîtresses. Pour que le projet soit mené à bien, l’APEA recherche votre soutien : en adhérant à l’association, en proposant des idées ou en apportant de l’aide lors des manifestations. 

L’adhésion annuelle est fixée à 5 € par adhérent, quel que soit le nombre d’enfants (une adhésion = une voix). 

Pour contacter l’APEA 
Association de parents d’élèves et amis Paul Renouard 

Email : apeapaulrenouard@gmail.com 

Un représentant de l’APEA est présent chaque jour à la sortie de l’école, pour rencontrer et écouter les parents. 

L’APEA sera heureuse de vous rencontrer pour faire vibrer les enfants et participer à la vie de l’école publique, en espérant partager avec vous son enthousiasme pour ce nouveau projet… 

La Grenouille n°49 - Novembre 2020




Reflets du grand âge..., éblouissants !

Étonnante et émouvante exposition que l’EHPAD La Favorite de Cour-Cheverny nous a présentée à la salle des fêtes le vendredi 9 octobre. 

Exposition Ehpad La Favorite à Cour-ChevernyUne cinquantaine de photos étaient exposées ; ces photos représentent une démarche originale auprès des résidents de La Favorite et de son personnel. Elles ont été réalisées par le club photo « La Focale 41 » de Mont-près-Chambord, qui évoque ainsi l’expérience vécue : « Merci en tout premier lieu à tous les pensionnaires qui ont bien voulu jouer le jeu, certains avec humour, certains avec un regard malicieux, certains les yeux pleins d’étincelles, certains avec les sourcils froncés. Merci également à tout le personnel de l’établissement : l’implication et l’humanisme de chacun furent dignes d’éloges ». 

Exposition Ehpad La Favorite à Cour-ChevernyPierre Gouabault, directeur de l’établissement : « En lançant ce projet, nous avions plusieurs objectifs, qui se trouvent aujourd’hui largement atteints, et notamment de permettre aux résidents de retrouver une meilleure estime d’eux-mêmes et un sentiment d’identité au travers de photographies les représentant et mettant en avant la vie de l’établissement ». 

Il s’agissait également de réaliser une exposition pour extérioriser auprès des familles, des amis et du public cette expérience très originale qui laisse à tous des souvenirs très forts et remplis d’émotion. 

Exposition Ehpad La Favorite à Cour-Cheverny
Le projet a été mené par Manon Guétrot, animatrice à La Favorite, et sa collègue Maryline Pichot, et soutenu par la mairie de Cour- Cheverny. Environ 50 % des résidents se sont prêtés au jeu. Les photos ont été réalisées au premier semestre 2020, en général par un binôme de photographes ; un studio photo a été installé au sein de l’établissement pour réaliser les photos dans des conditions optimales. 

La crise sanitaire actuelle ne permet pas au public de visionner ces photos, mais l’EHPAD recherche un moyen de les faire connaître prochainement au plus grand nombre… 

EHPAD La Favorite : 4, rue Nationale - 41700 Cour-Cheverny 


La Focale 41 : www.lafocale41.com

Exposition Ehpad La Favorite à Cour-Cheverny
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Exposition Ehpad La Favorite à Cour-Cheverny

Exposition Ehpad La Favorite à Cour-Cheverny
La Grenouille n°49 – novembre 2020

Le VéloSolex, passion locale

Vous les avez sans doute déjà vu passer dans votre rue à vive allure (mais bien en dessous des 50 km/h…), très à l’aise sur leurs engins noirs (mais aussi parfois en couleur) équipés d’un curieux moteur posé sur la roue avant et sans doute millésimés des années 50 ou 60…

Le VéloSolex, passion locale - Cheverny et Cour-Cheverny
Le Solex, d'une cylindrée de 49 cm3 
s'invite dans ce n°49 ! Le modèle 
3800 a été produit à plus d'1  million 
d'exemplaires

La Grenouille a enquêté auprès de cette population locale discrète (sauf problème d’échappement…) constituant un réseau informel de « passionnés solidaires » qui permettent à ces engins d’une autre époque de vivre une seconde vie. Quelques-uns d’entre eux, que nous nommerons « Solexistes anonymes » (S. A.), ont bien voulu nous apporter leur témoignage et nous faire partager leur passion pour cet engin devenu mythique… 

Le VéloSolex, une vraie présence dans nos communes
Solexiste Anonyme : « Sans avoir fait de recherches exhaustives, nous recensons aujourd’hui au moins 25 propriétaires de VéloSolex sur les communes de Cheverny et Cour-Cheverny. Certains d’entre eux en possédant plusieurs, on peut évaluer le parc local à plus de 40 engins en état de fonctionnement, auxquels il faudrait ajouter ceux qui dorment encore au fond d’une grange, en attente de restauration. Ces amateurs du "cyclomoteur à galet" sont souvent des retraités (qui l’ont pratiqué dans leur jeunesse…), mais figurent aussi parmi eux bon nombre d’actifs qui ont découvert plus récemment cette belle mécanique qui les a vite conquis…». 

L’origine du cyclomoteur à galet 

Le VéloSolex, passion locale - Cheverny et Cour-Cheverny
Belle affiche de l’époque
signée René Ravo.
Au début du XXe siècle, Maurice Goudard et Marcel Mennesson commencent leur carrière d’industriels en fabriquant des radiateurs centrifuges pour automobiles, puis s’engagent dans la technique du carburateur et déposent la marque Solex pour ce produit dont la fabrication commence vers 1935. Ils se lancent ensuite, avec une petite équipe, dans l’invention et la mise au point d’un moteur pour bicyclette, dont le premier essai s’effectue en 1940, avec un moteur de 45 cm3.
En 1946, la production de la « bicyclette à moteur Solex » débute dans une usine de Courbevoie, et durera une quarantaine d’années. Le VéloSolex, puisqu’il se nomme désormais ainsi, est produit dans plusieurs usines en France, et construit sous licence à l’étranger, notamment en Suisse, en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas, et exporté dans plus de 70 pays. Après 1973, la fabrication passera sous l’égide de diverses entreprises dont Renault, Peugeot Cycles, Gitane, Motobécane et MBK (précédemment Motobécane-Motoconfort devenue en 1986 filiale du groupe japonais Yamaha), et se poursuivra quelques années en Hongrie. 

Le fonctionnement
S. A. :
« La caractéristique du VéloSolex, c’est son fameux galet : entraîné par un moteur deux temps refroidi par air, il est en contact avec le pneu de la roue avant pour assurer l’avancement de l’engin. Les premières séries ont produit des cyclomoteurs sans embrayage : il faut relever le moteur à l’arrêt, sinon il cale… ». 

L'évolution au fil du temps
Le matériel a régulièrement évolué, pour devenir plus fiable, plus puissant, plus ergonomique (le diamètre des roues a par exemple progressivement diminué) ou plus attrayant avec l’apparition de couleurs vives... Mais le principe de fonctionnement du moteur est toujours resté le même, avec des organes très spécifiques qui figurent sur les photos ci-dessous. La société Solex a produit de nombreux modèles de cyclomoteurs à galet : le VéloSolex 45 (moteur de 45 cm3) en 1946, puis le 330 (moteur de 49 cm3, en 1953), le 660, le 1010, le 1400, le 1700 (le premier VéloSolex avec embrayage), le 2200, le 3300 (frein à tambour à l’arrière), le 3800, et le 5000 en 1971, avec de petites roues et de la couleur, pour lui donner une allure de jeunesse et relancer les ventes qui avaient tendance à baisser… Citons aussi le PliSolex (pliant), ou le Micron (de toute petite taille, en petite série).
Ces numéros correspondent à des quantités produites, sorties des usines Solex… Le 330 correspond au 330 000 e VéloSolex fabriqué, le 1010 au millionième, le 3 800 au 3 800 000 e, etc. Ce qui fait qu’avec le numéro de série du moteur, gravé sur le carter, on peut facilement retrouver l’année de fabrication de l’engin. 

Le VéloSolex a été produit à plus de 7 millions d’exemplaires… Pas étonnant qu’il en ressort encore de nos jours régulièrement des greniers et des granges… Mentionnons aussi l’existence de quelques autres cyclomoteurs à galet : le Vélovap présent aussi sur nos communes (Société ABG/ VAP), et le Bima (galet entraîneur sur la roue arrière, construit par Peugeot).
Le VéloSolex pouvait également être équipé d’accessoires très divers, fabriqués par différents fournisseurs : le pare-chute pour protéger le moteur, le porte-bidon, le siège d’enfant, et bien d’autres… Il a même existé un chauffe-mains, placé sur le guidon, qui récupérait la chaleur du moteur pour le confort du pilote en hiver… 

Le VéloSolex bien représenté localement
S. A. : « À notre connaissance, tous les modèles sont présents sur nos communes sauf sans doute le Micron, qui est rare car fabriqué en très petite série. Ils sont souvent d’origine familiale (propriété des parents ou grands-parents dans leur jeunesse) ; d’autres ont été trouvés sur des bourses motos, des brocantes ou des vide-greniers, ou par le bouche à oreille qui permet de sortir ce matériel enfoui dans une grange depuis plusieurs décennies, ou sur des sites internet nombreux à proposer ce genre de matériel en occasion, 
dans des états de conservation très divers... ».
Une de nos lectrices roule sur le VéloSolex que ses parents lui avaient offert pour son brevet en 1971, et récemment restauré… Un Courchois a un jour découvert un VéloSolex très ancien dissimulé sous un tas de bois dans la grange appartenant autrefois à son beau-père… Un autre Courchois nous a évoqué le souvenir de sa mère qui l’emmenait à l’école sur le porte-bagage de son VéloSolex qui a redémarré il y a quelques années après 35 ans de sommeil… Ces engins "familiaux" ont alors une réelle valeur sentimentale et leur restauration constitue un bel hommage à l’ancien propriétaire.
S.A. : « Nous avons même connu une maison, vendue il y a quelques années à Cheverny et qui abritait dans une dépendance quatre VéloSolex et des pièces détachées… : heureux acheteur ! (la maison avait appartenu à un réparateur de cyclomoteurs… ) »

La restauration, passion et plaisir 
S. A. : « Il s’agit la plupart du temps d’un travail d’amateurs passionnés, qui échangent leurs soucis, leurs savoir-faire, leurs matériels et leurs pièces… Localement, cette entraide fonctionne très bien…, et permet de trouver rapidement des solutions simples pour résoudre la plupart des problèmes. On peut passer une cinquantaine d’heures pour restaurer l’engin : montage, démontage, réglage, mais aussi recherche d’informations et de documentation (notamment sur internet, avec de nombreux sites, forums, associations, etc.) et de pièces de rechange. Pour les modèles les plus récents, les pièces sont refabriquées (parfois loin de la France…), mais pour les modèles plus anciens, les pièces (d’occasion) deviennent rares, et chères… On pratique deux types de restauration : le plus souvent on laisse l’engin "dans son jus", en faisant le nécessaire pour qu’il puisse rouler, en se consacrant essentiellement au moteur ; on peut aussi pratiquer une restauration totale où tout est démonté (environ 400 pièces en comptant tous les écrous, les vis et les rondelles) avec sablage du cadre, peinture, zingage de la visserie, chromage, etc. On passe aussi du temps pour le rodage, qui consiste à rouler environ 200 km à allure modérée, en vérifiant que tout fonctionne… »

La vitesse…, mais quelle vitesse ? 
S. A. : « Le VéloSolex 45 roule sur le plat aux environs de 22 km/h, c’est plutôt un engin de collection qu’un véhicule pour faire de longues sorties ; avec le 1010, un vrai "vélo à moteur" très agréable, équipé d’un moteur léger car sans embrayage mais déjà plus puissant que ses prédécesseurs, c’est du 25 km/h. Ces VéloSolex de première génération demandent à être aidés avec les mollets pour se lancer ou pour gravir les côtes... Avec un 2200 et les modèles suivants c’est du 35 km/h (vitesse de pointe), voire plus avec un vent favorable..., et quasiment plus besoin de pédaler, sauf panne éventuelle... À noter que le développement est bien étudié (pour les cyclistes : développement de 32 x 16), et le pédalage n’est pas trop fatigant, avec une selle large et confortable… On peut donc être solexiste et sportif, à condition de tomber en panne !… D’autres engins ont été transformés pour la compétition et peuvent atteindre les 70 km/h, mais point de cela dans nos campagnes… ». 

La Sologne en cyclomoteur à galet

Quand deux « solexistes » se rencontrent, de quoi donc parlent-ils ? 

S. A. : « D’abord de la santé des engins : la dernière modification, le dernier souci de démarrage, … et on aborde ensuite la question : "On va où ?". Le relief de nos communes et des alentours est très adapté à ce cyclomoteur à galet… L’avenue du Château se monte sans pédaler (en principe, si tout fonctionne bien…), mais même pour les plus performants, la côte des Huards demandera sans doute quelques coups de pédales dans les derniers mètres… Cela dépend de la puissance de l’engin, mais aussi du gabarit du pilote… : lors des sorties de 30 à 40 km (voire beaucoup plus…), il est parfois de bon ton d’échanger les engins pour rapprocher les rapports poids sur la selle / puissance, afin que tout le monde roule à la même vitesse… Avec une moyenne de 30 km/h, on voit du pays en un après-midi… ». 

Les sensations du pilote
S. A. :
« C’est un vrai plaisir de rouler sur un engin qu’on a restauré, soigné, bichonné…, en écoutant attentivement le bruit du moteur pour déceler le moindre signe de faiblesse…, et aussi de rencontrer des riverains qui vous sourient car cet engin évoquent pour eux des souvenirs de jeunesse… ("Quand j’étais au lycée, j’en avais un…"). D’autres, plus jeunes, manifestent leur étonnement car ils n’ont jamais vu un engin pareil… ». 

Le VéloSolex, passion locale - Cheverny et Cour-Cheverny
La Solexine, carburant
mythique 
lui aussi
Et la consommation ? 
S. A. : « C’est une question qu’on nous pose souvent. Le VéloSolex était vendu à l’époque pour une consommation de 1,4 l au 100 km, avec la fameuse "Solexine" commercialisée par la société BP. Aujourd’hui, on fabrique soi-même son mélange : essence sans plomb 98 et 2 % d’huile deux temps de synth
èse. On consomme environ 1,7 l au 100 km, ce qui permet de rouler environ 80 km avec le réservoir plein. Par prudence, toujours emporter un bidon de réserve, au cas où l’engin deviendrait gourmand ou que le trajet soit plus long que prévu. À noter que la boîte à outils, partie intégrante de l’engin, est d’un secours très appréciable pour les petits incidents de parcours qui font aussi le charme de cette pratique… ».
 

On nous précise aussi... 
S. A. : « Ne vous étonnez pas si vous rencontrez un solexiste de vos amis qui ne vous salue pas… Il vient sans doute de faire redémarrer un engin endormi depuis 30 ou 40 ans : les premiers kilomètres apportent une telle satisfaction au restaurateur qu’il peut traverser tout le village sur un petit nuage, sans voir personne… Vous le recroiserez peut-être aussi quelques minutes plus tard, l’air renfrogné, moteur relevé et pédalant pour rentrer à l’atelier afin de procéder à un petit réglage (au mieux), ou à un redémontage complet pour juguler la première panne. C’est aussi ce qui constitue la passion pour cette mécanique très particulière… ». 

Les précautions à prendre
S. A. : « Tout d’abord respecter les règles administratives : port du casque et de gants homologués, assurance, carte grise et plaque minéralogique réglementaire (depuis 2011). Et comme pour tout engin mécanique, il faut aussi rester prudent, surtout pour le freinage, qui n’est pas la vertu première du VéloSolex : il faut an-ti-ci-per…, et rester concentré… Mais avec un peu d’habitude on maîtrise très bien l a conduite »

Pour conclure, le saviez-vous ?
C’est parfois un VéloSolex qui transporte la revue La Grenouille jusqu’à votre boîte aux lettres… Il se dit aussi qu’un conseiller municipal d’une de nos deux communes roule en VéloSolex… C’est vous dire si c’est du sérieux !. 

P. L. 

(1) Le corindon est un minéral très dur, le plus dur après le diamant. 

Bibliographie : 
• Le petit monde du VéloSolex - Jean Goyard - Éditions Drivers 2008. 
• Le Guide du VéloSolex - Sylvie et Franck Méneret - Éditions E-T-A-I - 2006.

La Grenouille n°49 – novembre 2020




Une centenaire dans le vent de Cheverny


Vous avez sans doute souvent admiré cette éolienne qui se dresse dans le pay­sage de Cheverny, dans une propriété située au lieudit Le Lut, sur la voie de la Préasle. Notre curiosité nous a incités à en savoir un peu plus sur ce bel « objet », nous permettant ainsi de faire la connais­sance d’un Chevernois passionné et de découvrir tout un chapitre de l’industrie du XIXème siècle. 
L'éolienne Bollée au Lut à Cheverny
Serge Boisseau, son propriétaire, nous a tout d’abord raconté comment cette éolienne est devenue chevernoise… : « Il fallait être un peu fou pour se lancer dans cette aventure…, mais je me suis toujours passionné pour des opérations de ce style… Dans les années 90, j’ai eu vent [c’est le cas de le dire…] de la possibilité de récupérer cette éolienne, qui était désaffectée et vouée à la ferraille, dans une propriété de Saint-Laurent-Nouan… Il n’était pas question pour moi qu’un objet pareil puisse disparaître, découpé au chalumeau et revendu au poids de la ferraille… J’ai donc entrepris, à la fin des années 90, de démon­ter, transporter et remonter ce bel engin à Cheverny, dans la ferme du Lut (1), propriété de famille. Il nous a fallu deux bonnes demi-journées pour le démontage et le remontage, qui a mobilisé une grue de 40 m et l’aide de quelques amis pour mener à bien cette opéra­tion délicate…».

Eolienne à Cheverny
L'eolienne Bollée en cours de montage
au Lut à Cheverny. Au centre, le bâtiment
annexe en cours de construction




Montage de l'éolienne : 
déchargement de l'hélice

L’éolienne Bollée, témoin de l’industrie du XIXème siècle
Ce type d'éolienne, inventé par Ernest-Sylvain Bollée (1814-1891), servait au pompage de l'eau (une « pompe à vent »). L’éolienne Bollée fut produite au Mans de 1872 à 1933 à plus de 500 exemplaires et installée prin­cipalement en France, dans quarante-quatre départements. Beaucoup furent implantées dans le centre et l’ouest de la France (dont 18 dans le Loir-et-Cher), mais aussi dans des départements plus lointains. Une centaine sont encore en place, et certaines sont clas­sées aux Monuments Historiques (2). 
Eolienne à Cheverny
Serge Boisseau devant la pompe
aspirante refoulante. À l'origine, cette
pompe était immergée

 
Localement, d’après nos informations, il en existait au moins deux à Cour-Cheverny : une sur le domaine du château de La Borde, aujourd’hui disparue, et une autre toujours en place au bord du Conon, dans une propriété près de La Charmoise. 
Ernest-Sylvain Bollée a utilisé pour la pre­mière fois en 1885 le mot « éolienne » comme nom commun et non plus comme un adjectif (énergie éolienne). Le mot se retrouve dans le Larousse quelques années plus tard, en 1907.

 

Une grande famille d’industriels 
Ernest-Sylvain Bollée est issu d’une grande famille de fondeurs de cloches. Sous sa direc­tion, la fabrique de cloches se diversifie et fabrique ainsi des robinets, des canalisations, des pompes, des béliers hydrauliques (3). La fonderie de cloches Bollée est toujours en activité, installée à Strasbourg, avec un éta­blissement secondaire à Saint-Jean-de-Braye près d’Orléans. 
L’industriel s’installe d'abord à La Flèche, dans la Sarthe, en 1839, puis à Sainte-Croix (qui fait aujourd'hui partie du Mans). Ses des­cendants (notamment Amédée) réalisèrent de nombreux appareils (dont une machine à cal­culer), et ensuite des voitures à vapeur puis à essence. Les activités de la famille Bollée ont contribué à la renommée du Mans en matière d’automobile et à la création de l’Automobile Club de l’Ouest, organisateur des 24 heures du Mans… 

Lors de son premier brevet pour l’éolienne en 1868, Ernest a 56 ans. 
Le développement industriel et agricole de la seconde moitié du XIXe siècle exige un appro­visionnement en eau plus important et des normes de pureté plus strictes, et donc des équipements adaptés à cet essor. 
L'éolienne est commercialisée à partir de 1874. Ernest Sylvain Bollée décède en 1891, et son fils Auguste vendra l’affaire en 1898 (moins intéressé par l’activité industrielle, il se consacra ensuite à la peinture), et plu sieurs constructeurs se succèderont ensuite : Édouard-Émile Lebert jusqu’en1918 (en 1900, l'éolienne Bollée est présentée à l'Exposition universelle de Paris et devient un succès commercial), Gaston Duplay, de 1918 à 1926, puis la Société Anonyme des Éoliennes Bollée jusqu’en 1933, date vers laquelle la construc­tion des éoliennes a cessé, concurrencée notamment par les moteurs électriques.

 

Eolienne à Cheverny
Plaque d'identification :
Éolienne Bollée
E. Lebert, ingénieur
constructeur hydraulicien

Cent ans ou plus… 
L’éolienne de Cheverny est centenaire, car elle porte la marque de « E. Lebert Ingénieur » et peut donc être datée entre 1898 et 1918, ou même avant car lors d’opérations d’entretien ou de réparation, on fixait parfois cette plaque d’identification sur des appareils plus anciens.


Une conception et un fonctionnement très élaborés 
De nombreux ouvrages ont été publiés à pro­pos des éoliennes Bollée, permettant de bien comprendre leur utilisation et leur fonctionne­ment qui méritent d'être détaillés. 
Dans le Bulletin de la Société archéologique de Touraine, tome LVI 2010, on retrouve notamment le brevet n° 79 985 du 30 mars 1868 obtenu par Ernest Bollée, dans lequel toutes les explications sont données pour répondre à nos interrogations sur ce fabuleux engin, ainsi que ses principales évolutions dans les 30 années suivantes. 
Brevet du 30 mars 1868 
Mémoire descriptif 
Par Ernest Bollée, fondeur hydraulicien domi­cilié au Mans (Sarthe). 
Mémoire descriptif d'une nouvelle machine à élever l'eau au moyen du vent et à laquelle je donne le nom d'une « Machine éolienne hydraulique ». 
Description : 
Pour faciliter la description, un plan est joint au présent mémoire et les principales pièces sont indiquées par des lettres alphabétiques : 
- A. Colonne en fonte ou en fer ou en bois, posée verticalement, et maintenue solide par des haubans B comme on le fait pour des mâts de navire. Ces haubans dont les meil­leurs sont en fer sont scellés à terre dans des dés en maçonnerie (de 1 m3, soit 2,5 t environ) ;- C. Aiguille en fer scellée au sommet de la grosse colonne et montant jusqu'au sommet de l'appareil ; cette aiguille est destinée à sup­porter au sommet de sa pointe tout le système moteur, qui au moyen de la girouette G, peut s'orienter librement à tous les vents ;- D. Roue directrice fixe : mobile seulement dans le sens de l'orientation, mais non rotative sur elle-même. Cette roue porte des aubes courbes représentées en D et qui ont pour but de diriger le vent, qui passe au travers autant que possible perpendiculairement au plan de chaque aube de la roue motrice tournante E, tels que l'indiquent les traits bleus, de manière à imprimer plus directement le mouvement à cette dernière ;
- E. Roue motrice tournante montée sur l'arbre F et consolidée par des haubans en fer se boulonnant à l'arbre ;
- G. Girouette qui a pour but l'orientation au vent ; elle est supportée par une série de hau­bans en fer H fixés à la roue-directrice-fixe. Cette girouette porte aussi un des coussinets de l'arbre de la roue tournante. La résistance qu'éprouve le moteur à exécuter son travail utile tend toujours à faire varier son sens d'orientation de manière à l'empêcher de se tenir complètement perpendiculaire au sens du courant du vent ; pour obvier à cet incon­vénient nous l'avons excentré à côté de cet axe de sorte que l'arbre F centre de la roue tournante passe à côté de l'aiguille C. 
Dessin joint au brevet de 1868 :
en fait, aucun modèle de ce type 
ne semble avoir été commercialisé

Transmission de mouvement 
- L. Pignon cône fixé sur l'arbre de la roue motrice commandant la roue J laquelle com­mande la roue K dont le centre est l'aiguille C qui lui sert d'axe ; cette roue commande la transmission au cône L qui est vers le bas de la colonne A et qui fait tourner la poulie M ; 
- M. Poulie d'entraînement de la chaîne à godets N dont l'utilité est d'élever l'eau d'un puits ou d'un réservoir quelconque. 
Quoique je destine l'ensemble de ce système principalement à élever de l'eau, on peut employer son moteur en toutes circonstances là où le vent est employé comme puissance motrice. 
Signé : Ernest Bollée 
Enregistré à Paris, le 9 Juin 1868 

Par la suite, des changements furent adoptés 
• Dès 1874, Ernest-Sylvain Bollée remplaça la girouette d'orientation par un moulinet orien­teur « Delamolère ». 
Ce dispositif très astucieux, appelé « papillon d'orientation », « moulinet orienteur », « rotor de pivotement » ou encore « orienteur/déso­rienteur », assure les trois fonctions suivantes : 
- il sert à orienter toute la partie supérieure de l'éolienne afin de la présenter face au vent et ceci d'où qu'il vienne, c'est la fonction gouvernail ; 
- en cas de vent important, il sert à diminuer l'angle au vent de l'éolienne, celle-ci recevant moins de vent réduira sa vitesse de rotation ; lorsque le vent faiblit, un contrepoids ramène le dispositif du papillon d'orientation à sa position d'origine et présente de nouveau l'éolienne face au vent, c'est la fonction régu­lation de vitesse ;
Eolienne à Cheverny
Dessin de l'éolienne Bollée
joint au brevet de 1888
- enfin lorsque le vent souffle en tempête ce dispositif amène l'éolienne dans une position qui soit parallèle au vent avec pour conséquence d'arrêter sa rotation, position dite de « mise en drapeau », c'est la fonction sécurité ; 
• Le constructeur fit pas­ser l'arbre vertical de la transmission à l'intérieur de la colonne. 
• Par le brevet de 1888, Auguste-Sylvain Bollée disposa un système d'entonnoir à la périphérie de la roue directrice dans le but de capter une plus grande quantité d'air, et par suite d'augmenter la vitesse et la puissance du moulin. Une demi-sphère sur le moyeu com­pléta cette disposition (voir schéma : le stator (A) et le rotor (B) avec les pales incurvées de sens contraire, l'entonnoir (C et D) sert à capter un maximum de vent). 
• Le mode d'élévation d'eau, primitivement à chaîne et godets, fut remplacé par une pompe. 
La pompe construite en fonte et en acier est caractérisée par sa course et son diamètre, ces deux paramètres déterminant le volume maximum éjecté à chaque coup de piston ; le cylindre est en acier, le piston et les soupapes sont en bronze. La pompe aspire en général sur quelques mètres ou est immergée, et refoule ensuite dans un réservoir, un château d’eau, un bassin, une fontaine, etc. 
• À partir de 1898, Lebert créa une version avec un pylône en treillis pour remplacer la colonne haubanée des Bollée. On peut voir ce type d’éolienne à Épuisay dans le Vendômois. 
On trouve dans la bibliographie toutes les expli­cations détaillées de cette belle mécanique. 

Eolienne à Cheverny
Moulinet orienteur, invention géniale pour
orienter le dispositif face au vent et le
mettre en sécurité en cas de vent violen
t
Une éolienne Bollée de type 2 à Cheverny 
L’éolienne à laquelle nous nous intéressons est de type 2, avec un diamètre de l’hélice de 3,50 m, soit une surface de 9,8 m2. Sa flèche s’élève à plus de 20 mètres de haut (les autres modèles présentaient des diamètres de 2,50 m, 5 m et 7 m, soit une progression d’un facteur 2 pour la surface des hélices de chaque modèle). 
Bien que n’ayant pas fonctionné depuis un certain temps, elle est en état de marche (mis à part une pièce actuellement cassée) et quasi-opérationnelle, capable de pomper l’eau souterraine et de la refouler dans un étang... 
Elle est référencée pour un débit horaire de 1,5 m3/h pour un vent constant de 6 m/s (22 km/h). Son poids peut être estimé à 7 tonnes environ. 
Notons qu’à l’époque, la machine arrivait à la gare la plus proche en pièces détachées. Un monteur mécanicien détaché de l'usine du Mans assurait à lui seul son édification. Le contrat précisait que : « le propriétaire n'aura qu'à fournir à mon poseur mécanicien logement et nourriture, soit à l'office soit à la ferme, ou par ses soins à l'auberge, puis aussi un manœuvre pour l'aider dans ce travail ». Le montage était effectué pièce par pièce, avec un échafaudage, les éléments déjà en place servant de base de travail pour le reste de l’édifice. Il fallait compter 3 à 4 semaines de montage selon le type d’éolienne. 
Eolienne à Cheverny
La roue directrice,
impressionnante vue de près...
Schéma de circulation de l'air
dans le stator (A)et le rotor (B),
avec lesdéflecteurs C et D
(Brevet de 1885)


                     









Eolienne à Cheverny
Principe de la pompe aspirante
refoulante (Sorigny Patrimoine)
Les premières marches menant à la 
plate-forme, 15 m plus haut... Au pied 
du mât, un des "pots à graisse" présents 
à chaque palier
                                                                                               

























Un équipement onéreux 
Le catalogue Bollée de 1894 indique un prix de 6 000 francs pour une éolienne de type 3 avec sa pompe ; il serait hasardeux de vouloir convertir ce montant en euros, mais on peut se donner une idée en évoquant le salaire horaire ouvrier de l’époque qui était de 0,80 franc, ou le prix du kg de pain de 0,40 franc. À ce montant, il fallait ajouter le prix de l’instal­lation et des ouvrages annexes (forage, puits, bassin de stockage, bâtiment de service, etc.) qui pouvait faire monter la dépense au double ou au triple du prix de l’éolienne. À noter que le bâtiment annexe était presque toujours du même modèle : celui de Cheverny ne déroge pas à la règle, puisque la charpente est celle du bâtiment d’origine, récupérée à Saint- Laurent-Nouan. 
Cet équipement était également apprécié pour son esthétique, ce qui ne s’est pas démenti au cours des années, car ces éoliennes ont toujours fière allure… 
Eolienne à Cheverny
Le vilebrequin, le volant d'inertie
et les bielles. La pompe est sous
le plancher, en sous-sol
Cela représentait donc un investissement très important ; de ce fait, la clientèle était essen­tiellement constituée de propriétaires aisés et les éoliennes étaient très souvent installées dans des châteaux ou des manoirs, comme en témoignent les différents inventaires que nous avons consultés. Mais quand on sait que la plupart de ces éoliennes ont fonctionné de 50 à 70 ans, on peut penser que la dépense fut largement amortie… 
Ce type d’éolienne a également été acquis par des communes, comme par exemple à Sorigny (Indre-et-Loire) pour alimenter un lavoir. 

Un objet de notre patrimoine industriel 
On évalue à environ 500 le nombre d’éo­liennes Bollée produites pendant une soixan­taine d’années, dont 374 ont été à ce jour répertoriées. 
Les objets témoins de notre industrie du XIX e siècle sont maintenant devenus rares, et nous pouvons nous réjouir d’en avoir un encore présent et visible sur notre territoire… Une belle façon de rester dans le vent avec les objets du passé… 


Vue imprenable sur la campagne environnante...

L’éolienne du domaine de La Borde 
Cette éolienne Bollée, du même type que celle évoquée ci-dessus, a aujourd’hui disparu. Mais il en reste une belle trace, à proximité du Beuvron dans une propriété qui ne fait plus partie du domaine de La Borde.
Eolienne à Cheverny
L'éolienne de La Borde, avec son bâtiment
annexe reconstruit depuis cet époque.
Photo : collection Gilles Bégé
Le socle de l'éolienne Bollée au Domaine de La Borde, et le bâtiment abritant le mécanisme et la pompe

                


Le socle, en pierres maçonnées, est toujours en place, ainsi qu’un joli bâtiment en briques situé juste à côté, qui devait abriter le mécanisme et la pompe. Gilbert Portier, dont les parents habitaient une fermette du domaine de La Borde (4), nous a raconté que vers l’âge de 10 ans, dans les années 40, il était monté (clandestinement…) en haut de l’éolienne ; il se souvient encore de la magnifique vue sur le paysage environnant dont il a bénéficié ce jour-là. 
Sur cette propriété, on peut aussi voir, dans les broussailles, les restes assez bien conser­vés d’un embarcadère qui, autrefois, permet­tait aux propriétaires du domaine de La Borde de naviguer en barque sur le Beuvron, très pittoresque à cet endroit. 
Eolienne à Cheverny
L'embarcadère qui permettait de 
naviguer en barque sur le Beuvron

Les témoins de l’époque nous évoquent éga­lement plusieurs passages à gué sur cette partie du Beuvron, notamment le passage du gué de Chancelay qui permettait, à certaines époques de l’année, de rejoindre Mont-près- Chambord (au lieudit Chancelée, orthographe différente). On y voyait passer des voitures à cheval transportant des passagers, ou des charrettes à foin : les berges du Beuvron étaient à l’époque très bien entretenues et l’herbe y était régulièrement coupée. Le gué n’était pas large, et il ne fallait pas s’écarter du passage… Ces gués ont disparu lors de l’aménagement (calibrage, curage…) du Beuvron dans les années 70.


P. L. 

(1) Lieudit Le Lut : voir article page 11. 
(2) Un monument historique est, en France, un meuble ou un immeuble recevant par une décision administrative un statut juridique et un label destinés à le protéger, du fait de son intérêt historique, artistique ou architectural (Wikipédia). 
(3) Voir le livre « Les grandes heures de Cheverny et Cour- Cheverny en Loir-et-Cher… et nos petites histoires ». Éditions « Oxygène Cheverny » - 2018 ; page 36 « Le bélier ». 
(4) Voir le livre « Les grandes heures de Cheverny et Cour- Cheverny en Loir-et-Cher… et nos petites histoires ». Éditions « Oxygène Cheverny » - 2018 – page 72 « La Borde ». 

Bibliographie 
• Bulletin de la Société archéologique de Touraine – Tome LVI 2010 - https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562376v/ f231.image 
• Les amis de l’éolienne Bollée : www.archivingindustry.com/Eolienne/mainframe.fr.htm 
• Fédération des Moulins de France : www.fdmf.fr/ 
• Les éoliennes Bollée - André Gaucheron et J. Kenneth Major - Fédération française des amis des moulins, 1995 
• Sorigny Patrimoine : description de la réinstallation d’une éolienne Bollée provenant d’une propriété de Saint Gervais-la-Forêt : www.sorigny-.com 
• Fédération Française des Associations de sauvegarde des Moulins : https://www.moulinsdefrance.org/ 
• Eolienne Bollée de Pomponne (Seine et Marne). 
Nombreuses photos de détails : https://derelicta.pagesperso-orange.fr/pomponne.htm 
• Les carnets de voyage de Joséphine : www.carnetdevoyagedejosephine.e-monsite.com/pages/ les-eoliennes-bollee/ 
• De belles images de détails d’une éolienne Bollée : http://baguenaudes.net/eolienne-bollee/ 

Eolienne à Cheverny
La Grenouille n°48 - septembre 2020

Les Amis de Bois Vert

La Grenouille vous a présenté la Maison de Bois Vert à Cour-Cheverny dans son n° 41 d’octobre 2018 : elle joue un rôle de « famille d’accueil » et constitue une alternative aux institutions spécialisées ou aux EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), que ce soit pour quelques jours, ou quelques semaines (perte d’autonomie temporaire suite à une chirurgie par exemple), ou pour un séjour permanent.


En juillet dernier, une nouvelle association, « Les Amis de Bois Vert » a été créée, en lien avec cette maisonnée. Elle a pour objet d’animer cette résidence de colocation de personnes âgées en favorisant leur implication et en facilitant l’accompagnement de leurs familles, notamment en développant des liens avec le tissu associatif local (chorale, ALSH (1), groupes scolaires, artistes, etc.). Mais elle a aussi l’ambition d’ouvrir ses actions aux aînés, ainsi qu’aux familles de nos villages.


Depuis sa création, plusieurs activités ont été organisées :

• rencontre des petits du centre aéré avec nos aînés, avec les animaux du parc,

• visite d’un sonneur de trompes pour passer une fin de journée,

• ateliers intergénérationnels de 10-12 per­sonnes avec peinture acrylique : un sur les paysages de mer, l’autre sur les paysages de campagne.


D’autres projets se préparent, comme par exemple :

• soirée brame,

• dimanche familial avec pique-nique, jeux intérieurs et extérieurs,

• activité musique et danse,

• repas avec accordéoniste,

• après-midi jeux de société,

• atelier culinaire,

• atelier art floral d’automne.


De nombreuses idées car de nombreux adhé­rents bénévoles…

L’association compte déjà 120 membres : vous pouvez les rejoindre en adhérant à l’association et participer ainsi à la vie de cette maison en contribuant à la qualité de vie des résidents, qui bénéficieront ainsi de la bienveillance de chacun et du temps donné bénévolement.


Les Amis de Bois Vert

Présidente : Agathe Hubert

86, voie des Châtains - 41700 Cour-Cheverny

Tél. : 06 85 86 27 78


Mail : lesamisdeboisvert@gmail.com

Site de la Maison de Bois Vert : https://www.maisonsdeboisvert.fr/

(1) ALSH : Accueil de loisirs sans hébergement.

 

La Grenouille n°48 - septembre 2020







Berger, un "métier passion"

Plongé dans le monde de l’élevage dès sa naissance (son père Pascal est éleveur de moutons et de poulets bio à Cheverny), Gilles Cazin a 20 ans. Après son Bac S en lycée agricole obtenu en 2017, il a suivi des études de Génie biologique option agronomie à l’IUT (1) d’Angers. Titulaire également d’un BAFA (2), il est aussi occasionnellement animateur de colonies de vacances.

La Grenouille a rencontré Gilles, dont le projet professionnel nous a intéressés à plus d’un titre.

Berger, un métier passionGilles Cazin : « Cette année, je suis en formation de BPA (Brevet professionnel agricole) de berger transhumant, au domaine et centre de formation du Merle à Salon-de- Provence. Je suis actuellement en stage en entreprise, puis serai ensuite salarié… ». Cette formation de 12 mois comprend une période en centre de 950 heures et une période en entreprise de 760 heures avec 3 phases : l’agnelage d’automne, la garde en colline et milieux difficiles, et la garde en montagne (la transhumance).

La Grenouille : D’où est venu ce projet ?
G. C. : « Par le contexte familial, j’ai toujours eu la passion du mouton (3). À la fin de mon DUT (4), j’avais envie de sortir du cursus universitaire pour rentrer rapidement dans la vie active tout en restant dans ce qui me passionne (les moutons, la nature, le travail en plein air, et aussi la liberté dans le métier). Je me suis donc intéressé au métier de berger, que j’avais envie de découvrir (surtout le berger qui garde en montagne l’été). Je me suis également rendu compte que ce métier collait vraiment avec mes souhaits pour les années à venir. C’est aussi une activité qui peut fonctionner par périodes dans l’année, ce qui laisse des opportunités pour voyager : intéressant quand on est jeune… ».

L. G. : Pouvez-vous nous en dire plus sur « la passion du mouton » ?
G. C. : « Dans le sud on dit souvent que certains ont la passion et que d’autres ne l’ont pas… Elle est difficile à expliquer, mais pour moi, c’est l’attirance que l’on a pour ce métier et ces animaux : c’est quand je suis entouré de brebis que je me sens le mieux et que tout me paraît plus simple. Plus globalement, le métier de berger, c’est un ensemble : la nature, les brebis, les chiens et le berger fonctionnent harmonieusement, et quand on arrive à trouver sa place dans cet ensemble, c’est le bonheur ! ».

L. G. : Quels sont vos objectifs profes­sionnels ?
G. C. : « Être berger (principalement dans le sud) pendant plusieurs années, puis reprendre la ferme familiale de Cheverny ».

L. G. : Pourquoi le Sud ?
G. C. : « Parce que cette région me plaît beaucoup et que l’élevage ovin y est très présent, notamment dans la plaine de la Crau, les Alpes et tous les petits massifs montagneux comme par exemple les Alpilles ou le Luberon. Et puis le climat y est plutôt agréable ! ».

L. G. : En quoi consiste le métier de berger ?
Berger, un métier passionG. C. : « C’est un métier que l’on peut exercer toute l’année. Dans le sud ce sont principa­lement des gros troupeaux (entre 500 et plu­sieurs milliers de bêtes) ; les brebis agnellent à l’automne sur une période d’un ou deux mois : ce sont donc des périodes très intenses avec du travail en bergerie principalement ; vient ensuite l’hiver, où les troupeaux sont gardés dans les prés, c’est la période la plus creuse ; au printemps, les bêtes sont gardées en plaine ou en colline jusqu’à début juin où l’on part en montagne pour l’estive, jusqu’en octobre ; le travail consiste alors à garder des troupeaux de 700 à 2500 brebis (5). On vit en cabane, seul la plupart du temps ; je n’ai pas encore vécu cette période mais je pourrai vous en dire plus en octobre… » (6).

L. G. : Et le métier de berger en Sologne ?
G. C. : « Berger est l’un des plus vieux métiers du monde, et qui s’exerce partout sur la Terre. Autrefois, il y avait aussi des bergers en Sologne car on n’a pas toujours eu des clôtures pour parquer les brebis ».

LG : Vous avez remporté en décembre dernier les « ovinpiades » de la région Paca, avec le titre de « meilleur jeune berger », vous permettant de participer également au titre national dont les épreuves se sont déroulées au Salon de l’Agriculture : en quoi consiste ce concours ?
Berger, un métier passion
Gilles Cazin assoit une brebis
G. C. : « C’est un concours auquel j’ai eu l’opportunité de participer dans le cadre de ma formation. À l’origine, il était destiné à redynamiser la filière ovine et donner envie aux jeunes de s’installer en élevage ovin. Le concours est bon enfant, les épreuves consistent à parer (tailler les onglons (7) des brebis), trier des brebis, évaluer leur état de santé, les manipuler et les asseoir, savoir choisir un bélier reproducteur, le tout complété par des épreuves théoriques concernant les races et la filière. Ce fut pour moi une super expérience et cela prouve qu’il y a encore du monde et notamment des jeunes comme moi qui s’intéressent au mouton : c’est très encourageant ».

L. G. : « Asseoir une brebis », vous pouvez nous expliquer ?
G. C. : « Lorsqu’on manipule une brebis, il faut généralement l’asseoir (la mettre sur ses gigots) : elle ne bouge quasiment plus et cela permet de lui faire des soins plus aisément ; pour arriver à asseoir une brebis facilement et rapidement, cela demande un certain entraînement… ».

L. G. : Parlez-nous du chien de berger…
Berger, un métier passion
Le troupeau en pleine nature dans la plaine de la Crau
avec un patou, chien de protection
G. C. : « Différentes races sont utilisées : la plus connue est le Border collie, mais il y a aussi le Berger de Crau, le Berger des Pyrénées, le Beauceron, le Berger belge, le Berger picard… Ce qu’on attend de lui dépend du berger : pour moi, c’est avant tout l’obéissance, l’instinct au troupeau, le calme, la rapidité, la précision, un peu d’autonomie, qu’il ne morde pas mais se fasse respecter. D’autres bergers vont préférer des chiens très autonomes, à qui on donne peu d’ordres, ou des chiens très « speed »… C’est en fonction de ces aptitudes qu’on choisit la race. On peut très facilement garder avec un seul chien mais, pour ne pas trop le fatiguer (8), on peut en utiliser deux, voire trois, et dans ce cas-là il faut mettre sur les ordres des mots différents pour chaque chien. Dans ma formation, nous avons suivi des cours de dressage et notre formateur avait un chien dressé avec des mots en anglais, en espagnol, mais aussi en employant des couleurs, des noms d’oiseaux ou de fruits… : tout est possible quand on maîtrise... ».

LG : Quels sont les rapports entre le chien et le berger ?
G. C. : « Une certaine complicité doit s’ins­taller entre eux, afin que le chien ait envie de travailler pour le berger. On peut bien sûr être amis, mais le chien doit savoir qu’on le domine et qu’on est le chef. On fait souvent le rapport avec une meute de loups et donc le berger est le mâle dominant de la meute et le chien un dominé. C’est très important pour que le chien ne fasse pas ce qu’il souhaite, et que ce soit le berger qui commande. On est bien sûr très attaché au chien, car sans lui on ne peut pas faire grand-chose (ou alors il faut être un bon coureur !...) ; et puis on passe nos journées avec lui, et c’est souvent avec le chien que l’on discute le plus... ».

L. G. : Quel est son rôle ? Comment est-il formé ?
G. C. : « Pour le chien, il s’agit de diriger le troupeau globalement : pour cela, on envoie le chien dans différentes directions afin de donner le biais au troupeau. Le chien sert aussi à empêcher les brebis d’aller dans certains endroits, comme par exemple un champ qui n’est pas à nous quand on garde. Pour former un chien c’est très long, et c’est un petit peu de travail tous les jours : on commence quand il a environ 4 mois. Au début, on l’éduque à obéir aux ordres de base (le rappel, assis, stop, marche au pied...), mais sans la présence des brebis. Puis on le fait travailler petit à petit avec des moutons, au début sur des petits lots de 5 à 10 bêtes, et on progresse ainsi… Un chien est réellement dressé vers un an et demi environ. En montagne, on utilise aussi des chiens de protection (plus connus sous le nom de « patou ») : leur rôle est de protéger le troupeau face au loup principalement ; ce sont des chiens autonomes à qui l’on donne très peu d’ordres et qui ont l’instinct d’affronter ou d’éloigner les dangers qui se présentent pour leur troupeau ».

L. G. : Un message à faire passer ?
G. C. : « C’est un métier où il y a beaucoup de travail disponible ; il faut bien sûr être passionné car les conditions sont parfois rudes, mais qu’est-ce qu’on est bien seul au milieu de la nature avec ses brebis et ses chiens !… L’intérêt essentiel pour moi, c’est qu’on a une liberté qu’on ne retrouve pas dans beaucoup d’autres métiers… ».

L. G. : Une anecdote ?
G. C. : « La sieste fait partie du métier de berger… mais il m’est déjà arrivé de m’apercevoir qu’au réveil, mes brebis étaient parties… ».

Propos recueillis par P. L.

Nota : de nombreux sites internet pourront vous donner des compléments d’informations sur ce beau métier, et en particulier :
• L’association ASPIR, avec notamment des vidéos qui illustrent très bien les savoir-faire à maîtriser :
http://aspir.eu/
• Les partenaires de la production ovine en France : http://www.inn-ovin.fr/
À lire également :
« Brebis solognotes Chemin des Béliers » paru dans La Grenouille n° 26 de janvier 2015 ou sur :
(1) IUT : Institut universitaire de technologie.
(2) BAFA : Brevet d’Aptitude aux Fonctions d’Animateur.
(3) Le terme générique « mouton », Ovis aries, désigne un animal domestique, mammifère herbivore ruminant appartenant au genre Ovis (ovins) de la sous-famille des Caprinés, dans la grande famille des Bovidés. Comme tous les ruminants, les moutons sont des ongulés mar­chant sur deux doigts (Cetartiodactyla) (Wikipédia).
(4) DUT : Diplôme universitaire de technologie
(5) Le bélier et le mouton sont des mâles de plus de 12 mois, le premier entier, le second, castré. Pour les femelles, l’agnelle est une femelle de moins d’un an, alors que la brebis est une femelle ayant agnelé. Le terme « agneau » recouvre tout ovin mâle ou femelle (ou « agnelle ») de moins d’un an. (CIWF - Compassion in World Farming).
(6) La préface du « Manuel des Bergers d’alpages », édité par l’association ASPIR, nous donne également une belle définition (extrait) : « Berger est un métier du vivant qui s’exerce dans un milieu vivant. […] Une bonne part de l’art des bergers d’alpage est d’anticiper l’imprévisible et de s’adapter à un contexte mouvant. Le savoir-faire des bergers est une intelligence du vivant. Il combine des savoir-faire ancestraux enrichis de techniques et de connaissances contemporaines avec l’amour, le soin et le respect des animaux et de l’alpage. Les bergers d’alpage doivent, bien entendu, maîtriser les subtilités de la garde du troupeau qui est le coeur de leur métier. Ils doivent aussi savoir l’exercer dans un milieu fragile et inhospitalier, celui des pâturages d’altitude. Il leur faut également faire preuve de prudence face aux risques de la montagne, d’humilité face aux éléments, de respect d’eux-mêmes et des autres. Autant de qualités qu’ils acquièrent le plus souvent par l’expérience ».
(7) Onglon : Étui corné protecteur et amortisseur, situé à l’extrémité des membres des ruminants (Larousse).
(8) On estime que dans certaines régions, un chien de berger peut parcourir journellement une distance de l’ordre de 60 à 80 km.

La Grenouille n°47 - Juin 2020