La vie quotidienne à La Borde

Reportage effectué par Nadia et César, Club de La Borde

C’est une longue histoire, que l’histoire du château de la Borde. Un château particulier parmi les nombreux châteaux du Loir-et-Cher qui gardent le souvenir des histoires de reines et de princesses : les habitants d’ici sont d’un autre monde et leur rapport au temps est différent. 
Leur l’histoire commence en 1947 à Saint-Alban, juste après la guerre. Là est née la psychothérapie institutionnelle avec Tosquelles, le docteur Oury, Daumézon et tant d’autres... C’était un foisonnement des esprits et de recherches, de relations, d’urgence... On ne peut parler de la clinique de Cour-Cheverny sans en rappeler l‘histoire. En une page, c’est un raccourci que le docteur Oury réitère régulièrement dans son séminaire du samedi à la Rotonde. Saint Alban était un grand hôpital, vétuste avec des quartiers d’agités, d’autres de schizophrènes, on ne mélangeait pas les pathologies. Il s’agissait de remédier à l’Hôpital avec un grand « H » et Tosquelles ramenait des idées d’ouverture de l’Espagne en guerre. Les situations d’exception vont par delà les statuts devenus vides dans une hiérarchie malade. 

Comme à Saint Alban, ici, on s’efforce de transformer et soigner l’hôpital en premier lieu, (à l’époque, il était question de mélanger les pathologies, donner du travail aux malades sans en exploiter le fruit ou les bénéfices qui reviendront à la gestion des ateliers, créer des cahiers de secteurs, un journal, «Le Trait d’Union». La tribune du Trait d’Union se déroulait dans la salle du réfectoire qui fut un des lieux ou se débattaient les interrelations soignantes de l’hôpital).
De cette période découlent trois éléments essentiels :
  • la création du premier club thérapeutique, le club Paul Balvet,
  • la création d’un Comité hospitalier qui entérine la nouvelle ère institutionnelle, c’est-à-dire la lutte contre les préjugés d’irresponsabilité et de dangerosité des malades.Voyez comme cela fait écho inversé déjà aux lois répressives contre ce qu’on appelle en ce moment en France de façon massive et dans un amalgame politique ; les schizophrènes. La création du Comité Hospitalier, comme association loi 1901 donne au Club thérapeutique son statut légal permettant d’instaurer une fonction soignante nouvelle dans laquelle se jouera désormais la question de la distinction entre rôle, statut et fonction. Le soignant ne peut pas être ni un distributeur de médicaments, ni un diagnostiqueur, ni un gardien et le malade n’est pas un objet ni un incapable,
  • à La Borde, pas de murs, pas de fugues donc, heureux qui rencontre La Borde... On rencontre La Borde et on se rencontre sur cette terre d’accueil. Poser le pied sur le sol labordien, soignant comme soigné, c’est faire partie du club thérapeutique. Le club porte une dynamique de soins qui organise tout le quotidien, allant du réveil au petit matin, des tâches ménagères partagées, (ce qu’on appelle les sam - soin, accueil et ménage - jusqu’à la structuration des ateliers, services (chauffe, standard, repas, lingerie etc.) et les liens avec le monde (sorties culturelles, voyages thérapeutiques, sports etc.). On est membre de droit du club et c’est cette fonction spécifique à la psychothérapie institutionnelle qui fait tomber les catégories soignant-soigné traditionnelles, permettant ainsi de travailler la double aliénation sociale et pathologique. 
Concrètement, le club travaille avec une boîte à outils en permanent questionnement pour rendre soignante une ambiance de vie. On peut citer l’assemblée hebdomadaire, les différents comités (loisirs, menu, etc.), les nombreux ateliers, une comptabilité, la feuille du jour, un secrétariat… Le Club gère un budget et des espaces alloués par l’établissement en échange d’assurer ce travail organisationnel. 

Des évènements ponctuent la vie quotidienne, parfois singulière, parfois collective. Le 15 août est une fête qui porte et rassemble les ateliers et volontés individuelles, un moment d’histoire chargé de convivialité, occasion de partager avec des proches et de moins proches des joies peut-être éloignées de la détresse psychique où l’on peut se reconnaître créateur de cette oeuvre. 

La Borde bouge avec un jargon qui lui est propre, on a essayé de faire simple et succinct, difficile de ne pas à rentrer dans les détails qui ne semblent pas importants à priori, sans développer les concepts primordiaux, au risque de s’égarer dans la théorie. Ce sera traité dans une prochaine parution, néanmoins nous souhaitons amener chacun à une réflexion concernant une nouvelle législation sur la psychiatrie en prenant en compte le pari que nous soutenons depuis notre origine. 

Nadia et César, Club de La Borde - La Grenouille n°12 - Juillet 2011